Le président Macron confronté à la France déchirée

Pour la macronie, les gilets jaunes seraient tout ça et plus encore, “Des ploucs, des fascistes, des antisémites”

Par Ivan Rioufol

Des ploucs, des fascistes, des antisémites : les « gilets jaunes » seraient tout ça et plus encore. Tel est le terrain choisi par la macronie pour riposter. Depuis près de deux mois, les soutiens du chef de l’État rivalisent d’insultes sur les beaufs, les crétins, les factieux qui osent relever la tête. Dans ce déversement, Bernard-Henri Lévy se singularise depuis les premiers jours. Si BHL sait défendre un peuple quand il est kurde, il lui promet les poubelles de l’histoire quand il réclame sa place dans son propre pays. Cette incompréhension d’une résistance populaire réveille un mal français : celui de la déchirure. Elle oppose deux France, sinon trois. Celle des cités islamisées ferait presque figure d’enfant sage en comparaison de cet autre affrontement civil. La fracture est entre la France des métropoles mondialisées et celle de la ruralité enterrée. Ces deux mondes, ces trois mondes avec les banlieues, ne parlent pas la même langue, ne voient pas les mêmes choses, n’ont pas les mêmes buts. Où sont passés la « bienveillance» et l’ « apaisement » promis par Macron ?

En ces temps d’hystérie, relire Chamfort (XVIIIe siècle) : « On ne juge pas d’une ville par ses égouts, et d’une maison par ses latrines ». On ne condamne pas non plus une révolution en cours à cause des obscénités que laisse échapper une foule déchaînée (1). Le président verse de l’huile sur le feu quand, le 31 décembre, il assimile les « gilets jaunes » à une « foule haineuse », au prétexte de dérapages individuels. Il s’interdirait l’amalgame s’il s’agissait de juger des excès de minorités ethniques ou religieuses. La diabolisation fait du peuple d’en bas l’ennemi intérieur. Cette faute exacerbe l’engrenage de la haine. Samedi, à Paris, un transpalette a défoncé la porte du porte-parolat du gouvernement, obligeant Benjamin Griveaux à fuir par une issue de secours. C’est lui qui avait vu dans les protestataires des « agitateurs », et avait moqué « les gars qui fument des clopes et roulent au diesel ». Le secrétaire d’État, Mounir Mahjoubi, parle d’or lorsqu’il invite à cesser ce mépris.

Ceux qui mettent en danger la République ne sont pas les « gilets jaunes » mais leurs procureurs déchaînés.

blog.lefigaro.fr

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