Sans moyens, la stratégie syrienne a brisé la prise en tenailles et changé les règles du jeu

Cette nouvelle évolution permettra à Al-Assad de diriger ses efforts militaires vers le Sud, province de Derâa face à une énième armée rebelle mise sur pied par les britanniques

Plus de 9000 projectiles d’artillerie de l’armée syrienne se sont abattus en l’espace de quelques jours sur l’ensemble des groupes armés rebelles occupant le territoire s’étandant des confins septentrionaux d’Alep jusqu’à la frontière turque, mettant fin à ce que Damas appelait « la tenaille du Nord ». Cette nouvelle évolution permettra à Al-Assad de diriger ses efforts militaires vers le Sud et plus précisément la province de Derâa, nouvel objectif d’une énième armée rebelle mise sur pied par les britanniques.

Au sol, des unités des forces armées syriennes soutenues par des unités du Hezbollah libanais et les milices de la nouvelle Garde Nationale Arabe (GNA) investissaient l’un après l’autre les villages séparant Alep de la frontière turque.

L’aviation russe aurait mené une centaine de raids sur des cibles de Daech (acronyme arabe de l’organisation terroriste de l’Etat Islamique) et des avions de combat syriens survolent actuellement les confins syro-turcs sans rencontrer de résistance. Des sources évoquent une nouvelle posture turque, neutre à l’égard de Damas, en réaction à la décision US de favoriser les kurdes dans la bataille d’Al-riqqa, capitale autoproclamée de Daech.

La Syrie affirme que cette opération ayant visé l’Etat Islamique, le Front Ennosra, l’Armée syrienne libre et des dizaines d’autres groupes armés a permis l’élimination de 1200 terroristes.

A l’extrême sud du pays, c’est la IVe  Division de l’armée syrienne, commandée par Maher Al-Assad, le frère du président, qui a été chargée de se déployer au Sud de Derâa et de contrer tout mouvement militaire venant de la Jordanie. Les troupes syriennes soutenues par des milices loyalistes, se heurtent cependant à la résistance acharnée des unités de la nouvelle armée rebelle mise sur pied par Londres. D’ailleurs, des avions de reconnaissance britanniques ont survolé, durant les combat, l’ensemble de la région frontalière.

L’arrivée de renforts syriens, notamment de nouveaux régiments des forces spéciales et de l’artillerie, devrait changer la donne. L’objectif de Damas semble pour l’instant d’instaurer une jonction avec l’Irak et donc ouvrir un corridor terrestre direct entre la Syrie et l’Irak tout en s’efforçant de créer de nouvelles lignes de front s’étandant de Derâa au Golan. Une nouvelle configuration annonçant les prémisses d’un nouvel Moyen-Orient.

Ce scénario tant redouté par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, Israël et leurs alliés Arabes consacre l’émergence d’une nouvelle puissance militaire transnationale en Orient, bénéficiant du soutien militaire de la Russie et de la Chine.

Le président Assad a évoqué cette nouvelle phase en affirmant que le plus dur [de cette guerre] était passé. En 2017, l’armée syrienne a pour la première fois depuis le déclenchement de la guerre en mars 2011, accru ses effectifs de 65 000 hommes dans le cadre d’un plan de refondation mené avec l’assistance active de l’Iran et de la Russie.

A Washington, on prévoit pour 2017-2018 le financement direct et l’armement d’une armée rebelle de 30 000 hommes à travers la Jordanie uniquement puisque la portière turque s’est définitivement refermée, suite aux profondes divergences stratégiques entre Ankara et le reste de l’Otan. Les turcs sont allés jusqu’à interdire leurs bases militaires aux Allemands, ont mis fin à leur coopération avec les services français et ont armé des milices pour contrer les groupes armés kurdes soutenus par Washington.

Quasiment sans moyens notables et sous-estimé par l’ensemble des protagonistes extérieurs comme le maillon faible de l’alliance Syrie-Iran-Hezbollah, Damas a fait preuve d’une maîtrise réelle  de l’art de la stratégie en jouant sur ses alliances passées et en tentant non seulement de survivre à la déferlante mais à prendre l’initative de l’action en divisant ses adversaires sur fond de divergence d’intérêts géopolitiques.

Le printemps arabe a mis fin à tous les équilibres géostratégiques au Moyen-Orient et dans le monde, a permis l’émergence de nouveaux pôles de puissances antagonistes à l’unipolarité du bloc atlantiste, a induit un changement socio-démographique dans une Europe très affaiblie et a gravement fragilisé les pétromonarchies arabes du Golfe, l’un des piliers de l’économie mondiale.

strategika51

Deraa, sud Damas (Damascus)

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