Vladimir Fédorovski : « Le jour où j’ai rencontré Poutine »

J’observe Poutine, dont personne à l’époque ne peut prévoir la foudroyante carrière. Agent spécial ? KGB

Vladimir Fédorovski

Je l’ai croisé à plusieurs reprises. la première fois, c’est le 20 avril 1995, au cours d’une grande réception donnée par Anatoli Sobtchak, le maire de saint-Pétersbourg, au palais Youssoupoff, sur les rives de la moïka.

Dîner splendide dans les marbres et les ors, avec cristal de Bohême et vaisselle fine… Or voilà que parmi les convives je repère un homme jeune, très blond, assez effacé, dont Sobtchak me dit à mi-voix qu’il est son secrétaire devenu son adjoint. Son air de vouloir se fondre dans la muraille ne cadre guère avec son poste. « A quoi te sert-il exactement ? » demandais-je à Sobtchak. Il me répond : « Je l’ai pris pour me débarrasser de tous les corrompus qui encombrent mon antichambre… Mais attention, ne t’y trompe pas, ce n’est pas un vulgaire agent du KGB. »

Poutine en 1995

Sur l’instant, il ne m’en dit pas plus, mais c’est suffisant pour me rendre compte que j’ai devant moi « l’officier dans le placard » qui va le protéger des porteurs de valises bourrées de dollars et autres piégeurs qui risquent de l’entraîner dans de mauvaises affaires. J’observe Poutine, dont personne à l’époque ne peut prévoir la foudroyante carrière. Agent spécial ? Assurément. L’une des particularités du KGB est d’apprendre à ses membres à parler les langues étrangères sans accent, à s’immerger dans d’autres univers et y séduire n’importe qui.

« Poutine se met à copier mes gestes »

Et puis, il y a cette technique très particulière qui permet de créer une ambiance d’intimité entre l’officier traitant et son agent potentiel. Par le biais du mimétisme, on met l’interlocuteur à l’aise en devenant son miroir, en imitant sa façon de s’exprimer, ses mimiques, sa gestuelle. Recette classique des services que je vais clairement reconnaître chez Poutine : à la fin du dîner, lorsque nous avons une conversation plus rapprochée, il se met à copier mes gestes… Bien des années plus tard, un président français me confiera qu’il avait fait de même avec lui !

Sachant ce que Vladimir Poutine est devenu et sa manière d’agir au plan politique, je ne peux m’empêcher de penser à lui autrement que comme à un homme aux cent visages. Pas de grands effets, juste une façon insidieuse de se glisser en vous, de se mettre à votre unisson qui vous fait baisser la garde. Un brouilleur de pistes qui vient sur votre terrain. Impénétrable. Visage lisse et comme fluide, regard vide, parfois en coulisse, et, soudain, un éclair bleu des yeux, une crispation, un pincement des lèvres laissant augurer une détermination farouche…

parismatch.com

Vladimir Fédorovoski sort son dernier livre, « Poutine de A à Z », aux éditions Stock

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