La Russie, cette ennemie idéale

Les Russes mènent le combat pour la défendre… OK les gars! «Roger» Chef Poutine! Allons les aplatir ses morveux! Ha-Ha-Ha!

Inna Doulkina

« Non, ce ne sont pas les Russes qui cherchent à anéantir l’Europe et tout ce qui lui est cher, tout ce qui constitue son essence. »

La Russie, c’est le mauvais élève. Éternellement assis au dernier rang, le bonnet tiré jusqu’aux yeux, l’air arrogant et les ongles cassés – prétendument à l’origine de tous les désordres, bagarres et disputes. Au moindre problème, tout le monde – élèves et professeurs – est du même avis : le coupable, c’est lui !

Hillary Clinton n’est pas élue à la présidence des États-Unis ? C’est la faute de la Russie ! Les partis nationalistes européens comptent de plus en plus d’adhérents ? C’est encore la faute de la Russie ! L’Union européenne est affaiblie sur la scène internationale ? C’est toujours la Russie qui travaille à sa désintégration. À en croire certains médias, la Russie serait un pays d’une puissance inégalée : elle aurait la capacité d’influer sur le cours des présidentielles dans tous les pays du monde et d’y faire élire les chefs d’État qui lui sont les plus favorables. La Russie serait derrière chaque attaque médiatique contre un parti politique. Depuis peu, la meilleure stratégie, pour un politicien qui veut gagner des points, est même d’affirmer être la « cible de Moscou ».

Habituée à être présentée comme la source de tous les problèmes, la Russie tire son épingle du jeu. Tant mieux si elle fait peur aux États-Unis, si ses hackers sont considérés comme les plus puissants au monde et si on la croit capable de briser les systèmes de protection informatique les plus sophistiqués ! Au final, cela ne fait qu’augmenter sa cote : ses technologies inspirent plus de confiance, ses armes trouvent plus d’acheteurs et sa voix est mieux entendue. Ce n’est pas que la Russie soit ravie de ce rôle de premier voyou de la classe mais, lasse de prouver le contraire, elle a appris à en profiter. Et elle s’en sort plutôt bien.

La Russie semble condamnée à représenter un centre alternatif au pôle occidental, à jouer le rôle de l’Autre, de celui qui incarne la différence et inspire la méfiance. Mais tout cela en dépit de ses véritables aspirations. Car en réalité, sur le plan des valeurs, il n’y a pas de divergences de fond entre la Russie et le monde occidental. Certes, la Russie est plus conservatrice sur la question des mœurs que les Pays-Bas – mais pas beaucoup plus que la Pologne. Ce n’est pas demain que les Russes autoriseront les mariages gay – mais les Bulgares, pas plus. On critique beaucoup l’attachement de la Russie aux valeurs traditionnelles – mais on oublie que la Lettonie, membre de l’UE, a proscrit les mariages entre personnes du même sexe de sa Constitution, et que la Lituanie, sa voisine, a interdit dans la loi la diffusion de toute information allant « à l’encontre des valeurs familiales ». Ce que l’on tolère chez « les siens », on le rejette violemment chez celui que l’on s’est choisi pour ennemi…

Certes, la Russie n’a pas un système politique démocratique aussi ancien et développé que la France ou la Grande-Bretagne, mais elle n’a ni leur histoire ni leur géographie non plus. Tout au long de son existence, la Russie a servi de bouclier à l’Europe : côtoyant la grande steppe, elle a été la première exposée aux invasions mongoles, subissant leurs attaques, leurs destructions et leur joug long de trois siècles, qui a fortement freiné son développement et l’a condamnée à des « rattrapages » permanents.

Si la Russie d’aujourd’hui ne répond pas toujours aux attentes de l’Occident, c’est avant tout à ce dernier de se demander à quel point celles-ci sont réalistes et justifiées ? Malgré les aléas de son histoire, la Russie a toujours senti très fort sa parenté avec la civilisation occidentale, une parenté que les élites européennes et américaines s’obstinent aujourd’hui à nier. En se concentrant sur des divergences stylistiques, l’Occident ignore le socle commun qu’il partage avec la Russie, à savoir une attention particulière portée à l’homme et son monde intérieur. Une attention qui a engendré la philosophie européenne et le roman russe, la déclaration des droits de l’homme et le projet utopique sur le bonheur universel.

En s’amusant à présenter la Russie comme LA source de déstabilisation mondiale, les Européens oublient que ce ne sont pas les Russes qui posent des bombes dans leurs gares et aéroports. Que ce ne sont pas eux qui percutent des passants sur les promenades, les écrasent sous les roues de leurs camions, tirent sur les terrasses et dans les salles de concert. Ce ne sont pas eux qui ont créé l’organisation terroriste d’une puissance inédite qui, en ce moment même, immole des êtres vivants, entraîne des enfants à décapiter des adultes et rabaisse les femmes au niveau d’un animal domestique. Cette organisation dont les membres rejettent la notion même de culture et se plaisent à détruire ses manifestations les plus majestueuses.

Non, ce ne sont pas les Russes qui cherchent à anéantir l’Europe et tout ce qui lui est cher, tout ce qui constitue son essence. En fait, les Russes sont aujourd’hui les seuls, parmi les Européens, à se battre sur le terrain contre cette force, qui vise la destruction pure et simple de la cathédrale de la culture que des générations d’hommes et de femmes, au fil des siècles, se sont attelées à construire. Les Russes mènent le combat pour la défendre, et ils y perdent la vie. Encore un sacrifice qui ne sera, probablement, jamais apprécié, ni même reconnu. L’Occident aveuglé aura toujours le culot de mettre la prétendue « menace russe » au même niveau que celle de l’État islamique. Tant pis. Se lever de son dernier rang pour s’opposer au fou qui tient la classe en otage et promet de tuer tout le monde, c’est aussi le rôle de la Russie.

lecourrierderussie.com

Inna Doulkina Chef de l’équipe, Inna a tout connu de l’histoire du Courrier de Russie. Moscovite au français parfait, elle a vécu les difficiles débuts, l’usine désaffectée et son chien abandonné, les ordinateurs en feu et l’expansion finale du journal. Spécialité : Moscou et Facebook.

Photo – Montage présentant Vladimir Poutine, Sergueï Lavrov, Dmitri Medvedev et d’autres hommes politiques russes comme des héros. Crédits : Anton Hudyakov

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