OTANExit : je ne vais pas changer d’avis à cause de Mme Le Pen

otan-52La Russie, pays Ami de la France, prendra acte de cette décision. La Paix vient de naitre en Europe. On pourra déstocker les missiles, les ranger dans les conteneurs prévus à cet effet. Une partie du budget de la Défense servira à loger et à nourrir nos SDF qui meurent dans nos rues de la France profonde.   

Giorgio Cremaschi

marine-77Ma première manif, il y a plus de cinquante ans, était contre la guerre US au Vietnam et l’un des premiers slogans que j’ai crié était: Italie hors de l’OTAN, OTAN hors de l’Italie. Je n’ai jamais changé d’opinion et je ne vais pas non plus en changer maintenant que la candidate de droite à la présidence française, Marine Le Pen, propose le même choix pour son pays. Cela ne me fait pas peur, au contraire.

Le Non à l’OTAN en Europe  a toujours été un élément de discrimination dans le monde de la gauche. Les modérées, social-démocrates, de gouvernement, se sont toujours rangées du côté des USA et de l’Alliance atlantique. Les radicales, communistes, d’opposition étaient contre.

Il en a été de même – même si la mémoire historique reconstruite par les élites a effacé cette réalité – contre l’Euro et sa créature: l’Union européenne. En 1979, le PCI d’Enrico Berlinguer déclara la crise de la politique d’unité nationale avec la Démocratie-Chrétienne DC, à partir d’un Non à deux décisions qui allaient changer l’histoire du continent: la mise en place du SME, le système européen de taux de change quasi-fixe qui a préparé l’euro, et l’installation d’une nouvelle génération de missiles en Europe occidentale, des missiles pointés sur l’Union soviétique.

Les raisons pour laquelle les communistes italiens ont refusé ces deux choix pourraient être invoquées aujourd’hui contre les dégâts de la monnaie unique et contre la folle décision de l’OTAN de s’étendre agressivement jusqu’aux frontières de la Russie. À cette fin, y compris en finançant la guerre contre le peuple du Donbass par un gouvernement ukrainien truffé de ministres nazifascistes.

Les arguments d’alors sont encore plus valables aujourd’hui, mais ne sont désormais plus soutenus par la majorité de la gauche ; en revanche ils sont repris, en France en particulier, par la nouvelle droite populiste. Celle-ci a toujours été eurosceptique, mais souvent, par contre, otanomane.

Aujourd’hui, en revanche,, une grande partie de ce qui est officiellement la gauche en Europe soutient l’OTAN, l’euro et l’Union européenne. Et non pas parce que ces institutions ont changé, et encore moins se sont améliorées, mais parce qu’il est la gauche même qui a changé … et est pour cette raison en train de disparaître. disparaît.  Les social-démocraties de gouvernement ont été conquises par les politiques libérales, elles s’en sont fait complices et les ont administrées de concert avec la vieille droite conservatrice et libérale, dont elles ont fini par devenir une variante. Une variante sur le plan des droits civils, mais pas des droits sociaux. Il est juste de se battre pour le droit au mariage de couples de même sexe, mais pourquoi en même temps détruire le droit au travail et à la protection contre les licenciements abusifs ? Erasmus, c’est très bien pour ceux qui peuvent se le permettre, mais pourquoi étrangler financièrement  l’école publique? Et pourquoi privatiser la santé et de financer les banques ? La gauche de gouvernement a abandonné, juste au moment où elle redevenait le centre de tout,  la question sociale, qui a été ainsi été occupée par la nouvelle droite, qui entre-temps a rompu avec son âme libérale et de gouvernement.

Il n’y a pas eu jusqu’à présent de symétrie. Alors que la nouvelle droite faisait siens les vieux slogans de la gauche radicale – en les mutilant de toute évidence pour les faire entrer dans son cadre de toujours: Dieu, patrie, famille – cette dernière se réfugiait dans les principes abstraits de bonne volonté. La reddition de Tsipras et Siryza à la Troïka et à l’OTAN a ensuite enlevé du champ européen la possibilité que la rupture à droite ait un pendant à la gauche. Podemos en Espagne et le Mouvement 5 Etoiles en Italie, même s’ils partaient de positionnements différents, sont à ce jour parvenus à la même conclusion : ne pas se mesurer explicitement à la rupture avec l’euro, l’UE et l’OTAN. Cette rupture est donc devenue aujourd’hui officiellement un objectif de la nouvelle droite. Celle-ci semble avoir inversé en sa faveur le vieux slogan de la politique communiste de fronts populaires antifascistes du siècle dernier: ramasser, de la boue dans laquelle il avait été jeté par la bourgeoisie, le drapeau de la démocratie et de l’indépendance nationale.

L’Union européenne crie au scandale quand Trump veut achever le mur contre les migrants entamé par Clinton, mais sous-traite un mur similaire au gouvernement fantoche libyen et à celui, autoritaire, d’Erdogan. La délocalisation des usines est suivie par celle des massacres de migrants, rétablissant ainsi la plus pure tradition coloniale du vieux continent.

Face à la crise économique permanente du système de l’euro, l’Allemagne propose une Union à deux vitesses, l’une pour elle-même et l’autre pour les colonies de l’Europe méridionale, et le gouvernement italien dit amen. Pendant ce temps, tous les parlements européens, sauf un, celui de l’Allemagne, sont soumis aux diktats et aux arbitrages de la techno-bureaucratie communautaire

Trump demande aux Européens de payer pour l’OTAN, c’est-à-dire d’augmenter les dépenses et les interventions militaires tout en détruisant l’État-providence, et la droite et la gauche libérale font soudain de cette alliance militaire un rempart des droits de l’homme.

Il y a à la base de ces bouleversements politiques une crise irréversible de la mondialisation, déclarée – et pas par hasard – par les gouvernements des deux pays, la Grande-Bretagne et les USA, qui il ya quarante ans avaient donné l’impulsion maximale à celle-ci. Cette crise en Europe ne propose à ce jour qu’une alternative, entre la rupture à droite et la préservation hypocrite du statu par les vieilles élites et leur double morale.

Il n’y a pas aujourd’hui d’alternative progressiste sur le terrain, car une grande partie de la gauche a été conduite dans un cul-de-sac par des groupes dirigeants vendus ou subordonnés à la mondialisation libérale. Même du côté des radicaux antagonistes est soudainement apparu l’amour pour l’UE et on peut espérer que nous sera au moins épargné l’amour pour l’OTAN..

La gauche communiste et anticapitaliste, si elle veut encore avoir un rôle et une fonction, doit avant tout retrouver ses objectifs. Hors de l’OTAN, de l’euro et de l’UE, donc, avec une conviction d’autant plus forte que ces mêmes objectifs sont affichés parle camp opposé. C’est seulement ainsi que la gauche peut rendre son actualité  au socialisme et  concurrencer, et démasquer le national-libéralisme de la nouvelle droite.

giorgio-cremaschi1Giorgio Cremaschi

tlaxcala-int.org

Source sollevazione.blogspot.fr

Traduction Fausto Giudice

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