« Avec Trump, la levée des sanctions contre la Russie n’est qu’une question de temps»

poutine-trump-14La prise de contact entre Vladimir Poutine et Donald Trump nous a permis de voir que les deux pays étaient en passe de se rapprocher

Par Sarantis Michalopoulos

Le rapprochement en cours entre les États-Unis et la Russie aura des conséquences néfastes, selon une députée polonaise. Notamment la levée des sanctions de l’Occident contre la Russie, qui n’est plus qu’une « question de temps ».

ue-pologneBożena Kamińska, élue du parti d’opposition Plateforme civique (Platforma Obywatelska), représente les régions de l’Est de la Pologne. Elle est membre des commissions parlementaires dédiées à la défense et aux contacts avec les Polonais à l’étranger.                                   

Selon vous, les sanctions contre Moscou vont-elles être remises en question après l’élection de Donald Trump? En parle-t-on en Pologne? 

Bien sûr, non seulement la classe politique, mais aussi l’opinion publique polonaise sont d’avis qu’un tel changement risque de se produire. Ce n’est qu’une question de temps.

Vous voulez dire que les sanctions vont être levées?

Oui.

La prise de contact entre Vladimir Poutine et Donald Trump nous a permis de voir que les deux pays étaient en passe de se rapprocher. Les États membres de l’Europe de l’Est se retrouveront-ils dans une situation encore plus délicate vis-à-vis de la Russie ?

C’est une bonne question. Il est cependant difficile d’y répondre, puisque les Etats-Unis et la Pologne sont membres de l’OTAN, contrairement à la Russie. Par ailleurs, la position adoptée au sein du gouvernement par le parti Droit et justice (PiS) actuellement au pouvoir constituera un facteur déterminant pour la situation en Pologne. Naturellement, je suis issue du parti d’opposition.

Que craignez-vous?

Nos relations sont déjà relativement tendues, mais je pense que si les États-Unis et la Russie se rapprochent, la Pologne et la Russie s’éloigneront davantage. Nous craignons que nos rapports avec la Russie ne se détériorent.

Les décisions que Trump prendra concernant l’OTAN seront également cruciales. En effet, il a déclaré n’avoir aucunement l’intention de se montrer solidaire en vertu de l’alliance. Ainsi, les pays devront se défendre à titre individuel.

Est-il vrai qu’après l’épisode ukrainien, la Pologne est aujourd’hui inquiète concernant le passage de Suwalki (un couloir terrestre reliant la Pologne et la Lituanie, et séparant la Biélorussie de  l’enclave russe de Kaliningrad) ?

En réalité, il a été décidé, au cours du sommet 2014 de l’OTAN au Pays de Galles, de renforcer le pacte du côté Est, une mesure qui est depuis lors en vigueur. Au vu des nombreux transferts d’armes à Kaliningrad, il serait tout à fait pertinent de mener à bien cette consolidation.

La présence militaire a été fortement renforcée dans la région de Kaliningrad. Nous observons également des cas de combattants russes violant l’espace aérien balte.

En fait, le passage de Suwalki, la très étroite bande de terre qui relie le continent européen tout entier aux États baltes, est le seul itinéraire terrestre permettant d’accéder à la région balte. Il s’agit par conséquent d’un corridor hautement stratégique. C’est effectivement le seul moyen d’atteindre ces pays qui sont membres de l’UE et de l’OTAN.

Les personnalités politiques polonaises ont-elles vraiment peur de l’agressivité russe ? La menace est-elle réelle ?

Dans le passé, nous n’avons pas pris cette menace au sérieux, mais depuis ce qui s’est passé dans l’est de l’Ukraine et la détérioration de nos relations avec la Russie, oui, c’est un scénario qu’il faut craindre.

Depuis que l’OTAN a décidé de maintenir une présence militaire dans la région, nous voyons beaucoup d’activité à Kaliningrad, comme l’arrivée de soldats supplémentaires et de missiles Iskander.

Un grand nombre de Polonais vivent au Royaume-Uni. D’après vous, quelles seront les intentions de Londres à leur égard après le Brexit ?

Nous sommes très inquiets pour nos compatriotes qui vivent dans les îles britanniques. Ils sont aujourd’hui 800 000, soit la plus grande population étrangère. Notre commission parlementaire a été active et nous avons pris plusieurs décisions, notamment en réponse à plusieurs exemples de comportement haineux vis-à-vis des migrants après le Brexit.

Les 18 et 19 janvier, après une invitation de l’ambassade britannique, la commission parlementaire représentant les Polonais vivant à l’étranger s’est rendue à Londres, où elle a rencontré des membres du parlement de Westminster.

Nous avons aussi rencontré des procureurs et des officiers de police de Londres pour discuter des incidents et de mesures à mettre en place pour éviter que ceux-ci ne se répètent.

En ce qui concerne notre réunion avec le parquet et la police sur les crimes haineux, il faut dire que la plupart d’entre eux ne sont heureusement pas dirigés contre les Polonais, mais nous avons ressenti une volonté d’aider et de soutenir nos concitoyens.

Pour ce qui est du soutien, nous sommes tombés d’accord pour mettre en place un programme spécial dédié aux citoyens polonais vivant dans les îles britanniques, cofinancé par notre gouvernement. Il s’agira d’un programme similaire à ceux qui existent depuis 1994 pour les populations musulmane et juive, qui s’efforcent notamment de faire mieux connaitre les droits de chacun et renforcer la sécurité.

Nous savons que Theresa May est en faveur d’un Brexit « dur ». C’est une position extrême. Nous savons que nous avons deux ans pour préparer les Polonais résidant au Royaume-Uni à se régulariser et nous devons les informer de ce qu’ils doivent faire avant le Brexit.

Ils doivent prouver qu’ils travaillent là depuis cinq ans, ont payé leurs impôts et possèdent un certificat de résidence. Nous les aiderons à obtenir ces documents, et s’ils ne peuvent les obtenir, à se préparer mentalement à rentrer.

Que pensez-vous de la position de Donald Tusk à la tête du Conseil européen ?

Je n’ai aucun doute là-dessus, je suis sûre que ce gouvernement ne le soutiendra pas.

Quel impact cette décision pourrait-elle avoir sur la politique polonaise ?

Je pense que cela nuira énormément à la réputation de la Pologne, parce que ne pas soutenir son propre candidat n’a aucun sens. Je pense aussi que ça nuira à la réputation du gouvernement actuel. Selon moi, même sans le soutien de Varsovie, Donald Tusk restera à Bruxelles.

euractiv.fr

Traduction Emilie Buffet, Manon Flausch

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