Vladimir poutine : rien que le temps de voir s’estomper la « grande illusion »

poutine-448Vladimir Poutine est effectivement un homme de son temps

Nous retrouvons Vladimir Poutine alors qu’à la toute fin de l’année 1999, il s’apprête à assurer l’intérim de Boris Eltsine à la présidence de la Fédération de Russie, et qu’il publie, sur le site du gouvernement qu’il dirige encore, un article intitulé « La Russie au tournant du millénaire » qui se présente à la fois comme un bilan des « dernières décennies », et comme l’annonce de la politique à venir.

Je rappelle que nous avions cru pouvoir déduire de la formule, utilisée par lui, des « dernières décennies », qu’il ne pouvait guère s’agir que de mettre en cause l’époque qui avait suivi la disparition de Joseph Staline… A soi seul, toutefois, admettons que le résultat de cette déduction ne peut que nous surprendre… Nous serions-nous égaré(e)s ?… Qui oserait donner à la mort du « dictateur sanguinaire » une signification autre que celle d’une extraordinaire libération pour l’ensemble de l’humanité traumatisée par ses crimes innombrables ?

Tournons-nous, alors, vers Vladimir Poutine. Sans doute va-t-il nous permettre de mieux nous orienter…
« Pendant presque tout le XXe siècle, la Russie a vécu sous la doctrine communiste. Ce serait une erreur de ne pas reconnaître les réalisations incontestables de cette époque. Mais ce serait une erreur encore plus grave de ne pas se rendre compte du prix excessif que notre pays et son peuple ont dû payer pour cette expérience sociale. » (Frédéric Pons, page 344)

On le voit : pour Vladimir Poutine, dans ce terrible XXsiècle (d’application de la doctrine communiste), tout n’est pas à jeter… Ce qui paraît introduire une différence certaine avec les « dernières décennies » dont il nous a été dit qu’elles avaient fini par produire un « fruit amer »

« Réalisations incontestables »… Nous aimerions bien savoir lesquelles… De là où nous sommes, nous ne voyons rien de très intéressant… le Goulag…

En ce qui concerne les aspects négatifs de ce XXsiècle dans son entier, il n’y a pas de « fruit amer »… Ou tout au moins ne s’agit-il pas d’un « fruit amer » de la « doctrine communiste » en tant que telle… Il y a un « prix excessif » qu’il a fallu payer pour une « expérience sociale » qui, en elle-même, ne paraît pas avoir été que criminelle… Comme c’est bizarre… Lénine ou Staline : voilà qui n’aura pas suffi à dégoûter complètement le bon Vladimir…

Quant au « prix excessif à payer »… ne s’agit-il pas d’une petite erreur de langage ? N’aurait-il pas plutôt fallu s’attendre à payer le juste « prix » d’une révolution bolchevique tout simplement criminelle ?… Pourquoi alors parler d’un « prix excessif » ? Ou bien faudrait-il reprendre ici l’hypothèse – qui nous effraie un peu, faut-il ne pas l’avouer – d’un Vladimir Poutine occupé à disculper très largement les Lénine, Staline et autres assassins ?… En ajoutant que si le prix à payer a été « excessif », c’est que, peut-être, Adolf Hitler et ses nazis (grâce à l’extrême bonne volonté, à leur égard, des pays capitalistes occidentaux) y ont mis du leur ? Ainsi, ce ne serait pas le « communisme » qui serait, en lui-même, ce grand criminel que nous avons appris à détester…

poutine-449Rassurons-nous… Vladimir Poutine s’arrête bien avant d’en arriver à cette dernière conclusion. Il y a un communisme qu’il a effectivement en travers de la gorge :
« Le communisme et le pouvoir des soviets n’ont pas fait de la Russie un pays prospère, avec une société dynamique et un peuple libre. Le communisme a démontré avec éclat son incapacité à générer un développement autonome et sain, en condamnant notre pays à être toujours à la traîne des pays économiquement développés. Ce fut un couloir aveugle, loin du courant dominant de la civilisation. » (pages 344-345)

Ici, nous sentons bien qu’il se passe quelque chose… Vladimir Poutine est effectivement un homme de son temps. C’est-à-dire qu’à ce moment précis de la fin de 1999, il est encore un Soviétique de la perestroïka… Il est sûr, à ce moment particulier de l’histoire de la Russie, qu’il y a, ailleurs dans le monde, des « pays prospères, avec des sociétés dynamiques et des peuples libres »… En propres termes, cela s’appelle : les pays impérialistes… dont il vaut mieux se voiler la face sur les crimes qu’ils commettent ailleurs pour en arriver là, chez eux…, crimes…

…dont cette Seconde Guerre mondiale qui a saigné à blanc la patrie des ouvriers et des paysans, cette grande Union soviétique dont les Allemands ont appris très vite, à leurs dépens, qu’elle avait su « générer un développement autonome et sain » et ceci sans « être toujours à la traîne des pays économiquement développés » et pour tenir tête à ce qui était alors un drôle de « courant dominant de la civilisation » : le nazisme !…

Mettons le vice dans la situation de pouvoir saluer la vertu, en laissant la parole à Joseph Goebbels qui écrit dans son Journal à la date du 12 août 1941 :
« Notre connaissance des armes soviétiques était imparfaite avant la campagne ; en particulier, nous ne savions pratiquement rien de l’existence des blindés géants, et surtout pas qu’ils seraient capables d’en fabriquer un nombre pareil. » (Goebbels, Journal, III, page 355)
« Concernant le perfectionnement technique des armes, l’adversaire nous est supérieur sur bien des points. Par exemple, chaque blindé a son propre périscope. Chaque chef de section en possède un. Chez nous, il ne peut en être question. »  (page 355)

Et encore, le 19 du même mois :
« Le Führer s’en veut beaucoup, intérieurement, de s’être ainsi laissé abuser sur le potentiel des bolcheviks par les rapports sur l’Union soviétique. Avant tout, le fait d’avoir sous-estimé l’arme blindée et l’aviation ennemies nous a posé des problèmes extrêmement importants au cours de nos opérations militaires. Il en a beaucoup souffert. Il s’agissait d’une grave crise. Mais les conditions préalables sont parfaitement explicables. Nos correspondants et nos espions n’avaient guère la possibilité de pénétrer à l’intérieur de l’Union soviétique. Ils ne pouvaient donc pas de faire une idée précise. Les bolcheviks ont tout fait pour nous tromper. Nous n’avions strictement aucune idée sur une bonne partie de leurs armes, notamment de leurs armes lourdes. Tout au contraire de ce qui s’est passé avec la France, où nous savions à peu près tout et où nous ne pouvions donc aussi en aucun cas être surpris. » (pages 366-367)

Toutes choses que Vladimir Poutine connaît parfaitement… Et ce n’est certes pas cette époque-là qu’il aurait la moindre idée de remettre en cause quand il aborde l’histoire de l’Union soviétique. Et il sait très bien les excès du prix à payer, puisqu’il ne peut pas ignorer non plus comment les travailleurs des pays occidentaux se sont abandonnés à leurs dirigeants jusqu’à laisser faire tous ces crimes qui continuent à peser sur nos consciences… de juges… d’un « stalinisme »… dont nous ne savons, en réalité, strictement rien.

Michel J. Cuny

unefrancearefaire.com

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