Trop tard Mr. Trump est là ! L’establishment va se battre

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L’effet immédiat de la victoire de Donald Trump, parmi ceux d’entre nous qui avons favorisé sa candidature contre Hillary Clinton, a été le triomphalisme. Cette humeur euphorique a été très montrée lors d’une édition spéciale du programme Cross Talk de Russia Today, devant une audience de plus de 110 000 téléspectateurs en ligne, chiffre rare, voire sans précédent.

Mais une grande partie du potentiel de changement positif qui est venu avec la victoire de Trump sera dissipée, si nous ne faisons pas ce que Barack Obama et Donald Trump ont fait il y a quelques jours : tendre et serrer la main à nos opposants politiques, qui resteront des adversaires, mais néanmoins aller de l’avant ensemble de manière constructive.

Si on le laisse faire, l’establishment en politique étrangère des États-Unis continuera à faire ce qu’il a fait depuis le 8 novembre : essayer d’éliminer la victoire de Trump. À l’heure actuelle, les spécialistes des think tanks et les principaux chroniqueurs des médias sont en mode déni, comme le montrent les articles publiés par le New York Times et les autres médias traditionnels anti-Trump. Ils remettent en question son mandat pour le changement et sa capacité d’exécuter un tel changement. Ils proposent de lui tenir la main, de lui faire comprendre et de veiller à ce que son élection (au moins, en ce qui concerne son message sur la coopération avec la Russie sur des objectifs communs, tels que la lutte contre le terrorisme) soit inutile.

Ces porte-paroles de l’establishment choisissent d’ignorer que le premier mouvement de Trump après la victoire fut de récompenser ceux de son parti qui l’avaient soutenu dès le début et qui l’ont soutenu dans les pires jours de sa campagne, et il y en eut beaucoup. Je note les étoiles montantes de Mike Pence et Rudy Giuliani, entre autres. Il est donc tout à fait improbable qu’il récompensera aussi ceux qui ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour entraver sa candidature, d’abord et avant tout les néoconservateurs et les libéraux agressifs en politique étrangère les plus visibles.

Peut-être pour se consoler, peut-être pour nous confondre, cette élite en politique étrangère dit que Trump s’intéresse principalement aux affaires intérieures, en particulier à la reconstruction de l’infrastructure américaine, à l’annulation ou à la modification de l’Obamacare. Ils l’appellent «isolationniste» et remplissent ensuite le contenu de son isolationnisme supposé, de manière à convenir à leurs attentes. Ils proposent de lui donner un cours rapide sur la raison pour laquelle l’hégémonie mondiale sert les intérêts de l’Amérique et les intérêts de son électorat.

Pourtant, le dossier montre que Trump a déjà formulé explicitement, pendant la campagne, des stratégies de politique militaire et étrangère pour les États-Unis. Il a dit qu’il allait renforcer le potentiel militaire des États-Unis. Il a spécifiquement expliqué vouloir augmenter le nombre d’hommes et de femmes sous les armes, augmenter la construction de navires, moderniser l’arsenal nucléaire. Ces plans sont cités par les auteurs de l’establishment, comme contredisant l’idée de Trump de s’entendre avec toutes les nations, un autre motif majeur de sa rhétorique de campagne. Ils proposent de l’aider à aplanir ces contradictions.

Expliquons les contradictions de Trump

Mais la réponse à ces apparentes contradictions pourrait bien être que Trump disait tout simplement ce qu’il avait à dire pour être élu. La cohérence n’a pas été le point fort du style de Trump. Je maintiens que les contradictions apparentes ont été délibérément plantées par Trump pour s’assurer l’appui des patriotes non sophistiqués, alors qu’un programme très bien structuré pour la voie à suivre était là, dans sa poche, tout le temps.

L’expansion militaire des États-Unis coûtera beaucoup, en même temps Trump a dit qu’il n’augmentera pas les impôts, ni n’augmentera la dette. Cela signifie, en fait, une réaffectation des budgets existants. Le point de départ le plus évident sera de réduire le nombre de bases militaires américaines à l’étranger, qui sont aujourd’hui plus de 600 et qui consomment 600 milliards de dollars par an en frais de maintenance.

Le politicien russe Vladimir Jirinovsky a récemment parlé de ces dépenses d’une façon plutôt colorée, en rassurant ses compatriotes sur le fait que les États-Unis ne sont pas aussi puissants qu’il n’y paraît. Selon Jirinovsky, une grande partie des allocations du Pentagone va à l’achat de papier hygiénique et de saucisses, et non à la machine militaire en tant que telle. En outre, les bases à l’étranger tendent à susciter des griefs locaux, régionaux et mondiaux contre les États-Unis, qui, en retour, accroissent le besoin en bases et les dépenses militaires.

Si Trump commence par réduire les bases qui entourent et exaspèrent la Fédération de Russie, il ferait un grand pas vers le relâchement des tensions internationales, tout en économisant pour ses autres priorités domestiques et sécuritaires.

Trump a également dit qu’il exigera des alliés américains de payer plus pour leur défense. Cela concerne particulièrement l’Europe, qui est prospère, mais qui ne participe pas à l’OTAN comme elle le devrait, malgré des années d’exhortations et de cajoleries de la part des gouvernements George W. Bush et Barack Obama. Les États-Unis paient les deux tiers des factures de l’OTAN. Trump a déclaré que c’est inacceptable.

Le budget du Pentagone représente un peu plus de 4% du PIB, alors qu’en Europe, seuls quelques pays ont approché ou franchi le seuil des 2% du PIB que les fonctionnaires américains et de l’OTAN ont demandé. En pratique, compte tenu de la stagnation persistante des économies européennes, de l’ampleur de l’endettement général et des budgets nationaux en cours dont les déficits dépassent les orientations de la Banque centrale européenne, il est improbable (lire impossible) qu’ils répondent aux exigences américaines.

Cela justifiera alors le retrait des États-Unis de l’OTAN, qui figure en marge de la liste de souhaits des partisans de Trump, et non pas l’isolationnisme en soi. Andrew Bacevich, partisan et analyste militaire de Trump, a écrit récemment dans Foreign Affairs, que les États-Unis pourraient se retirer complètement de l’OTAN au début des années 2020.

Les porte-paroles de l’establishment spéculent sur la façon dont le président élu sera pris en main par les membres de son propre parti et par ses pairs, afin que ses ailes soient coupées et que ses changements directeurs en politique étrangère soient bloqués, dès les 100 premiers jours de la nouvelle administration.

Très probablement, ce même establishment en politique étrangère reprendra ses hurlements s’il s’avère qu’il se soit trompé, après l’inauguration de Trump le 20 janvier 2017, et que ce dernier mette en place les politiques mêmes qu’il a clairement énoncées pendant sa campagne.

Pourquoi pensez-vous que Trump, en tant que président, suivra les promesses de politique étrangère de Trump, le candidat ? Il y a une explication simple. Ses politiques annoncées concernant l’accommodement avec la Russie, la renonciation aux «changements de régime» et d’autres, comme priorités du gouvernement américain à l’étranger, ont été établies par Trump pendant la campagne, en sachant qu’elles lui apporteraient beaucoup de critiques bien organisées et lui feraient gagner peu de voix, compte tenu du fait que son électorat est plus orienté sur les questions de politique intérieure.

Il savait également que ses positions, y compris la condamnation de l’invasion de l’Irak par le président George W. Bush, lui coûteraient le soutien de ses propres chefs de parti, ce qui est arrivé. Il a même résisté à Hillary Clinton, le traitant de «marionnette» du président russe Vladimir Poutine, pendant le troisième débat présidentiel et autres insinuations McCarthyistes le dépeignant comme une sorte de candidat vendu.

Une dispute au sujet des guerres

Ainsi, nous pouvons supposer qu’une fois qu’il sera en poste, il n’hésitera pas à mettre en œuvre ces politiques clairement énoncées. L’affrontement imminent entre un establishment de politique étrangère, avec son attitude arrogante envers le nouveau titulaire du Bureau ovale, et un président déterminé à aller dans l’autre sens créera sûrement une tension politique et suscitera de nombreux articles de presse au vitriol à Washington.

Par conséquent, j’ai des recommandations constructives à faire, à la fois à mes collègues partisans de Trump et aux adversaires de Trump de l’establishment en politique étrangère et aux médias. Je demande instamment aux éditeurs de la revue Foreign Affairs et aux publications équivalentes au service de la communauté des spécialistes en relations internationales, d’ouvrir enfin leurs pages et de donner le même temps de parole aux contributions de haute qualité des adeptes de l’école «réaliste», systématiquement exclues depuis plusieurs années alors que la nouvelle guerre froide naissait.

J’adresse ce même message aux grands médias électroniques et imprimés, qui se sont engagés dans un nouveau McCarthisme, en boudant les commentateurs dont les opinions vont à l’encontre du consensus de Washington et qui sont publiquement traités d’«outils de Poutine».

Pour le dire en termes que n’importe qui dans le domaine des affaires russes et même parmi les membres du grand public comprendra, nous avons besoin d’une période de six à neuf mois de Glasnost, d’un débat ouvert, libre et très public, sur toutes les questions clés de sécurité internationale qui n’ont pas été discutées, en raison de médias biaisés en faveur d’une politique étrangère agressive.

J’appelle à un débat véritablement ouvert, permettant des opinions qui s’opposent à «la pensée de groupe» bipartisane qui domine les élites démocratiques et républicaines. Cela concerne d’abord la question de la gestion des relations avec la Russie et la Chine. Sans une réflexion sérieuse sur l’avancée des hostilités occidentales, nous avons été plongés aveuglément dans l’éventualité d’une guerre nucléaire – précisément parce que les opinions politiques alternatives ont été écartées.

Pour ceux d’entre nous qui ont fait partie de l’opposition silencieuse au consensus de Washington des années Bush et Obama, nous devons nous engager avec nos opposants intellectuels. Ce n’est que de cette façon que nous pouvons renforcer notre puissance de raisonnement et la qualité de nos recommandations en politique, afin que nous soyons entièrement préparés à passer les questions fatales sous examen.

Gilbert Doctorow

lesakerfrancophone

Source Consortiumnews

Traduit par Wayan, relu par nadine pour le Saker Francophone

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