Le Pentagone prend le S300-en-Syrie très au sérieux

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Il semble bien que nous sortions de la zone du déclenchement imminent sinon en cours de la Troisième Guerre mondiale pour une sorte de sas intermédiaires où les réflexions se font beaucoup plus prudentes, nuancées, presque irréelles par rapport à ce qui a précédé ; les oibservations générales de source militaire sont dans tous les cas extrêmement secptiques lorsqu’il s’agit d’envisager une frappe en Syrie, d’établir une No-Fly-Zone (NFZ), d’intervenir décisivement pour chasser les Russes, pour faire tomber Assad, pour faire triompher manu-militari la démocratie. Cela doit faire la troisième ou quatrième fois cette année que nous semblons nous éloigner du commencement déjà en cours de la Troisième dernière, et bien la quinzième ou vingtième fois que l’on laisse officiellement un peu de côté l’inéluctable chute de Assad.

Ces considérations ne sont pas faites pour ridiculiser les craintes de guerre mondiale ou les tentatives contre Assad, mais plutôt pour montrer l’extraordinaire vitesse et la non moins extraordinaire versatilité du système de la communication, qui pousse effectivement à ces variations très rapides d’attitudes. Nous attribuerions ces variations, en effet, à la mécanique de ce système beaucoup plus qu’à des intrigues ou des projets et changements de projet de tel ou tel groupe, – dont notamment les militaires US… Le recul de la communication belliciste dans ce domaine pour une zone d’apaisement indirectement à dominante très bureaycratique et d’inspiration technologique explique également que cette évolution se fasse très discrètement, sans publicité tapageuse ni débats innombrables, et bien entendu sans l’hystérie bien connue et très stridente qui marque la situation belliciste.

(Bien entendu, sur le terrain les affrontements se poursuivent, avec des incidents significatifs et la poursuite des combats à Alep. Mais l’attention est désormais concentrée sur Mossoul, en Irak, avec différentes hypothèses concernant les arrière-pensées des diverses puissances engagées dans la bataille. La polémique devrait devenir également très forte à mesure que les opérations vont s’intensifier, notamment sur la question des pertes civiles qui seront occasionnées par les combats : les pertes civiles à Mossoul seront-elles, elles aussi, dénoncées comme des “crimes de guerre” avec le bloc-BAO et autres amis en accusation comme elles le furent à Alep, avec les Russes en accusation ? Les Russes comptent bien suivre avec attention la bataille de Mossoul…)

L’article que nous reproduisons ci-dessous du Washington Post (source absolument insoupçonnable puisque voix directe des neocons) via l’Albuquerque Journal du 18 octobre est extrêmement significatif du changement d’atmosphère qui s’est opéré à Washington concernant la Syrie, par rapport à la période entre la mi-septembre et le début-octobre. On n’est plus inclinés notamment à parler de “mutinerie du Pentagone”, simplement parce que le Pentagone n’a plus guère de raison de se mutiner. Les réflexions qui débutent l’article, sur les capacités russes en matière de défense aérienne et la création d’une quasi-zone de contrôle de l’espace aérien (dite Anti-Access/Area Denial [A2/AD]) dans ce pays, signifient que la bureaucratie de la planification du Pentagone, devant l’évolution de la situation avec les hypothèses d’attaque US, a travaillé ces trois-quatre dernières semaines sur la situation en Syrie en matière de défense aérienne, en intégrant l’arrivée à très forte visibilité de communication des systèmes russes S300V4 Antey-2500 aux nouvelles capacités très avancées, et d’autres systèmes complémentaires de surveillance et de contrôle électroniques. (Effectivement, les Russes n’ont pas caché leur renforcement et même au contraire, comme dans le cas du déploiement des missiles sol-sol Iskander-M dans l’enclave de Kaliningrad. Des indications signalent que, dans les deux cas, ils ont choisi des moments où des satellites d’observation US se trouvaient en position parfaite pour observer et identifier ces déploiements.)

Comme c’est souvent le cas, les résultats de ce travail de planification bureaucratique dont le Pentagone est coutumier et où il excelle pondèrent notablement le brouhaha belliciste de communication. Ils font remonter au premier plan une préoccupation opérationnelle qui n’a jamais cessé d’exister devant ces capacités de défense anti-aériennes russes en Syrie, – comme on le vit notamment avec les déclarations au Congrès des généraux Mattis et Dempsey en mars 2013 ; il y a donc une continuité à cet égard, au niveau de la planification, et ce que disaient Mattis-Dempsey en mars 2013 se retrouve aujourd’hui, en plus aggravé, en plus approfondi du fait de l’organisation et de l’intégration grandissante des forces russes en Syrie, essentiellement dans ce domaine de la défense aérienne et du contrôle de l’espace aérien. Le texte mis en ligne ci-dessous remarque notamment :

« Le déploiement des batteries de missiles S400 et S300, avec toute une panoplie de système de missiles anti-aérien de courte portée, donne désormais aux Russes la capacité d’abattre des avions et des missiles de croisière jusqu’à 400 kilomètres dans toutes les directions à partir de la Syrie occidentale, couvrant ainsi virtuellement tout le pays et des portions non négligeables de la Turquie, d’Israël, de la Jordanie et de la Méditerranée orientale. » Ce constat opérationnel est largement renforcé par les déclarations politiques des dirigeants russes, et surtout celles des chefs militaires russes parlant des performances de leurs systèmes et affirmant leur intention d’utiliser cette puissance anti-aérienne dans la plupart des circonstances qui risqueraient d’impliquer des avions et des missiles US.

On aurait tort de réduire ces déclarations à une tactique de communication du Pentagone vis-à-vis de l’extérieur (pour justifier une abstention des forces US), ou bien de façon très différente à des manœuvres auprès du Congrès pour obtenir des fonds supplémentaires. Ce sont des arguments datant d’un demi-siècle, du temps de la Guerre froide. Ce que disent ces informations venues des planificateurs constituent les véritables et solides arguments destinés à la bataille interne à Washington, autour de la polémique et du débat sur une frappe aérienne en Syrie, sur l’instauration d’une NFZ, etc. ; et cette polémique et ce débat constituent la seule bataille politique sérieuse entre les factions et les pouvoirs en place concernés directement par ces problèmes. L’on retrouve le schéma habituel de la machinerie militaro-stratégique US, avec la planification bureaucratique agissant systématiquement comme un frein imposé à une avancée politique et de communication de type belliciste de la même machinerie militaro-stratégique.

Il est également significatif, surtout pour le très-belliciste (et très sensible à l’influence et au pressions des militaires) Washington Post, que l’idée d’une NFZ soit désormais présentée d’une façon telle qu’on en viendrait à croire qu’elle est essentiellement l’idée des deux candidats à la présidentielle, Clinton et Trump, pour cette fois très curieusement rassemblés en une même responsabilité, avec celle de Trump largement renforcée et déformée. (En effet, il y a des nuances de taille et une sollicitation évidente de la vérité. Certes, Pence, le colistier de Trump, recommande une NFZ mais Trump nullement, comme il l’a répété lors du deuxième débat du 9 octobre [« When Raddatz pointed out that Trump’s running mate, Indiana Governor Mike Pence, last week also advocated for a “no-fly zone,” Trump responded, “He and I haven’t spoken and we don’t agree.” »])

Ce nouvel épisode ne clôt évidemment aucunement le débat sur l’engagement ou pas des USA en Syrie, et à quel degré, etc. Il est une indication et un épisode de plus de l’évolution du rapport des forces dans un pouvoir extraordinairement fragmenté, où aucune faction n’arrive à prendre décisivement le dessus (y compris le président lui-même, qui doit être considéré dans ce cas comme “une faction”). Il constitue une illustration de l’imprévisibilité de la politique US, dont se plaignent tant les dirigeants russes, et qui font préférer à certains d’entre eux une Clinton et à un Trump, malgré l’hostilité antirusse de la première et à cause de ce qu’on connaît d’elle en tant que femme politique ayant exercé des fonctions très importantes. Le processus décrit ici montre d’ailleurs de façon paradoxale que cet argument a lui-même ses limites dans la mesure où même une autorité comme la présidence n’a pas toujours suffisamment de pouvoir pour bousculer de façon décisive tous les processus. Cet aspect de la situation participe évidemment du mélange de désordre d’une part, d’impuissance-paralysie d’autre part, marquant la politique extérieure US dont la puissance repose essentiellement sur la statiticité par opposition à la dynamique, sur le poids établi, les positions acquises, la capacités d’influence par corruption, etc. Il est évidemment manifeste, au vu de l’“évolution” de la politique US en Syrie depuis 2012 que cette situation a empiré d’une façon exponentielle depuis 9/11, notamment par comparaison à l’intervention en Irak, – ses préparatifs, les débats autour de cet engagement, la décision, ‘intervention, etc. … Mais l’on sait bien, par ailleurs, que justement cette intervention en Irak et tout ce qui a immédiatement suivi, puis l’enchaînement, constituent les étapes de l’accélération extraordinaire de la décadence de l’appareil politico-militaire qui est la base de la politique extérieure US.

dedefensa

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