Natalia Poklonskaya, procureure de Crimée : « Dans l’âme, je suis la Russie »

natalia1

Elle aurait été l’objet d’une tentative d’assassinat le 17 mars, sur laquelle elle n’a fait aucun commentaire.

natalia7Quand les nationalistes ukrainiens du Secteur droit prennent le contrôle du bâtiment du Parquet général à Kiev, la procureure Natalia Poklonskaya démissionne sur-le-champ. Elle retourne dans sa Crimée natale, où elle devient l’une des figures de proue du mouvement pour le rattachement de la péninsule à la Russie. Elle est aujourd’hui procureure générale de Crimée, et aussi l’une des femmes les plus populaires de Russie. Elle s’explique sur ses motivations et ses objectifs dans un entretien pour la revue Rousski Reporter.

Rousski Reporter : En allant remettre votre lettre de démission au Parquet de Kiev, vous avez enfilé le ruban de Saint-Georges à la boutonnière, c’est bien ça ? [Le ruban orange et noir de Saint-Georges est le symbole de la victoire soviétique dans la Seconde Guerre mondiale, et aujourd’hui un signe d’attachement à la Russie. C’est le symbole qu’ont adopté les séparatistes ukrainiens du Sud-Est, ndt].

Natalia Poklonskaya : Oui.

R.R. : C’est tellement naïf.

N.P. : Pourquoi ? Ce n’est pas naïf. Savez-vous que quand le mouvement de Maïdan a commencé, au Parquet, nous n’avions même pas le temps de rédiger des rapports sur les gens morts sur la place ? Je me souviens de tous ces masques, de la prise d’assaut du bâtiment du Parquet, des pneus incendiés, de ces roulements de tambour en permanence, des boucliers de policiers jetés sur l’asphalte. Et cette voix dans le mégaphone… je n’oublierai jamais la voix de Parouby [commandant des activistes dans les manifestations de Maïdan, ndlr] et ses défauts de prononciation. Il donnait directement les ordres pour envoyer telle ou telle brigade tirer ici ou là. Tirer ! Tirer sur des êtres vivants.

R.R. : Vous étiez sur place ?

N.P. : Oui. Je revenais justement de l’église pour le Baptême du Christ, un 19 janvier. J’avais le sentiment que le monde s’inversait, que toutes nos valeurs étaient en train de disparaître pour laisser place au chaos et à l’obscurantisme. Et ces brassards rouge et noir à leurs bras [le rouge et le noir sont les couleurs de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne, qui s’est battue au cours de la Seconde Guerre mondiale contre l’Armée rouge, la Wehrmacht et l’Armia Krajowa. L’AIU est tristement célèbre pour de nombreux massacres de masse, dont le plus connu est celui des Polonais en Volhynie, entre 1942 et 1944, qui a fait plus de 80 000 victimes civiles. Les couleurs de l’AIU ont été reprises par les nationalistes ukrainiens d’aujourd’hui, ndt]. C’est tout cela qui était en train de l’emporter : les hommes du Secteur droit avec leurs brassards rouge et noir, avec leurs matraques et leurs fusils. Ils sont entrés au Parquet général de Kiev et en ont chassé nos soldats des forces intérieures, qui gardaient le bâtiment, et ils ont pris leur place. Et moi, je suis allée travailler – avec mon ruban de Saint-Georges à la boutonnière.

R.R. : Et le Secteur droit ?

N.P. : Le Secteur droit a estimé que je n’étais pas adéquate. Je m’attendais à ce qu’ils réagissent, d’une façon ou d’une autre, et je me disais : « Mais je leur répondrai ! Qu’ils essaient simplement de me dire quelque chose ! » Peut-être y avait-il effectivement une certaine naïveté dans mon attitude… Mais vous savez, c’était tellement humiliant. Tellement nauséabond. Je travaillais là-bas, j’étais une collaboratrice du Parquet. Et ces espèces de criminels, qui se prenaient pour des héros de la Révolution, allaient me dire quoi faire ?! Qu’ils essaient seulement ! Mais ils m’ont regardée et ils n’ont rien dit. Je savais que j’avançais pour la mémoire des miens… Les combattants, ce sont tous les nôtres. Tous ces hommes qui sont tombés au front de la Seconde Guerre mondiale sont morts pour nous. Et ils nous regardent. Je pense qu’en Ukraine, les gens en ce moment sont probablement un peu malades.

R.R. : Beaucoup de ceux qui étaient sur Maïdan disaient qu’on y sentait l’air de la liberté, qu’ils le respiraient. Les gens ont été pris d’un profond enthousiasme, dès les premières minutes.

N.P. : Laissez-moi rire.

R.R. : Pourquoi n’avez-vous pas été saisie par cet élan général ? Les gens disaient descendre dans la rue pour la justice, contre un pouvoir qui les opprimait.

N.P. : C’est vrai, ils ont prononcé ces mots d’ordre au départ. Mais je peux vous répondre par cette citation de Stolypine : « Vous, vous voulez de grands bouleversements, mais nous, nous voulons une grande Russie. »

natalia3Barricade sur Maïdan. Crédits : luckywanderer.ya.ru

R.R. : Mais pourquoi voulez-vous la Russie ? Vous viviez en Ukraine, non ?

N.P. : Mais dans l’âme, je suis la Russie. Et toute l’Ukraine était la Russie dans l’âme. Les gens de Crimée estimaient qu’ils vivaient en Ukraine, qu’ils étaient officiellement des Ukrainiens, mais la réalité était tout autre. Je me souviens avoir souffert le martyre quand je suis arrivée à Kiev pour travailler, au début : c’était une horreur de devoir s’habituer à écrire en ukrainien. Je pense en russe. Je traduisais en ukrainien, et ensuite, j’allais voir des gens pour qu’ils corrigent mes textes. Et les habitants du Sud-Est ? N’ont-ils pas le droit, eux, d’affirmer vouloir revenir en Russie ? Ils en ont le droit. Le droit à l’autodétermination est inscrit dans la Convention européenne des droits de l’homme. Où est le problème ? Et qu’est-ce que c’est que cette Ukraine ? L’Ukraine était un pays magnifique. Un pays bon, une langue chantante. Les couronnes de fleurs, les chants traditionnels… Mais regardez ce que vous en avez fait !

R.R. : Beaucoup pensent que c’est la Russie qui l’a mise dans cet état…

N.P. : Mais c’est toujours pareil avec eux. Dès qu’il se passe quelque chose quelque part, c’est forcément la faute de la Russie. Comme dans la blague : « Qui a fait ça ? C’est la bru ! »

R.R. : En Ukraine, on considère que vous êtes une traître. Que dites-vous aux Ukrainiens qui le pensent ?

N.P. : Je leur conseillerais de se rappeler qui ils trahissent, eux, en ce moment même. Et qui ils assassinent. Qui ils soutiennent, et qui ils envoient faire la guerre au Donbass. Je leur conseillerais de se poser au moins une fois la question de combien d’enfants mutilés se retrouvent aujourd’hui orphelins. Je suis allée voir une fillette. Son père et sa mère ont été tués en voiture, au Donbass, dans des tirs d’artillerie. Elle s’en est sortie, mais a dû subir une opération grave – on lui a mis une plaque de métal à la place d’une partie du crâne. Elle est venue faire sa convalescence en Crimée. Je suis allée la voir, elle était tellement effrayée. Et j’arrive, moi, avec mon lapin en peluche et mes chocolats… Elle me demande : « Et maman et papa, ils sont là ? » « Bien sûr qu’ils sont là, près de toi ! Évidemment ! Ils sont près de toi, ils seront toujours là. » Elle m’a regardée, et ce n’était pas le regard d’une enfant de dix ans mais celui d’une femme de trente ans. Qu’ils répondent à cette fillette et à tous les autres. Qui leur a donné le droit de faire ce qu’ils ont fait ? Pourquoi ne peuvent-ils pas regarder les vétérans dans les yeux ? Pourquoi les anciens combattants ne peuvent-ils pas défiler dans les rues et fêter dignement le Jour de la Victoire ?

R.R. : On vous répondra que les vétérans défilent et célèbrent cette journée.

N.P. : Mais pourquoi doivent-ils être encadrés par des membres de l’ONU-AIU (Organisation des nationalistes ukrainiens-Armée insurrectionnelle ukrainienne) ? Et quand ils auront répondu à toutes ces questions, ils comprendront qu’on peut aussi trahir Dieu en se taisant. Si vous avez tellement peur de prendre la parole, au moins, ne choisissez pas leur camp de façon active. Ce n’est pas très digne.

R.R. : Si vous n’aviez pas quitté Kiev, pensez-vous que vous seriez passée dans l’autre camp ? Ne vous seriez-vous pas adaptée ?

N.P. : Non. Je vous rappelle que j’ai rédigé une lettre de démission. Je n’aurais jamais pensé que je travaillerais de nouveau au Parquet. J’avais dit adieu à ma carrière. J’ai regardé mon uniforme de procureur à Kiev, et je me suis dit que, malheureusement, je ne pourrais plus jamais le porter. Je ressentais déjà du dégoût, en fait. Comment aurais-je pu porter cet uniforme ? C’était répugnant ! Le porter pour m’incliner devant les nazis qui ont pris le pouvoir à Kiev ? Et je n’ai pas dû rester à Kiev parce que je suis Criméenne. Ici, j’ai ma maison, mon père et ma mère. Et pour mon pays, je me serais dressée jusqu’à la mort.

R.R. : Pourquoi êtes-vous si naïve ?

N.P. : En quoi ?

R.R. : Dans votre sincérité.

N.P. : La sincérité, c’est bien. C’est une qualité qui manque à l’élite intellectuelle moscovite. Je souhaite à ses représentants d’être sincères et francs.

R.R. : L’élite intellectuelle rit de vous.

N.P. : C’est bien de rire. Le rire prolonge la vie. J’espère qu’ils ont prolongé leur vie.

R.R. : Le 9 mai, par exemple, on s’est largement moqué de vous. Vous avez défilé avec le Régiment immortel en portant une icône de Nicolas II. Les gens disaient : « Moi, j’ai marché avec le portrait de mon grand-père. Et Poklonskaya a défilé avec le sien : Nicolas II. »

N.P. : Je ne suis pas aveugle. J’ai vu tout cela.

natalia4Natalia Poklonskaya lors du Régiment immortel portant un portrait de Nicolas II. Crédits : VK/Prokuror

R.R. : Ça vous touche ? Que ressentez-vous en voyant cela ?

N.P. : Probablement de la pitié, de la compassion pour ces gens, tellement coincés dans leur intellectualisme qu’ils sont incapables de voir quoi que ce soit d’autre. Mais le temps passe, les gens comprennent les choses et ils se repentent.

R.R. : Quel était le métier de votre père ?

N.P. : Il a travaillé treize ans à la mine dans la région de Lougansk. Tous les jours, à quatre heures de l’après-midi, dans notre village, l’autobus de la mine ramenait les pères du travail. Et papa, comme tous les autres, était couvert de suie. Maman l’accueillait avec du borchtch. C’était un travail très honorable, la mine. Au village, presque tous les pères étaient mineurs. J’étais fière de papa. Et j’en serai toujours fière.

R.R. : Votre famille s’est démenée pour que vous fassiez des études ?

N.P. : J’ai choisi ma spécialité moi-même. Dès la neuvième classe [à 14-15 ans, ndt]. Je m’intéressais à toutes les matières liées à la jurisprudence. Je voulais aider les gens. Chercher à obtenir la justice.

R.R. : Pourquoi ne pas être devenue avocate ?

N.P. : Parce que j’ai eu du mal à trouver du travail. J’ai terminé l’université en 2002. C’était très difficile d’entrer au Parquet, je n’avais ni parents ni connaissances dans les services. Dès ma quatrième année de droit, j’ai fait un stage bénévole en Crimée, au Parquet d’Eupatoria. Je trouvais ça tellement intéressant, je demandais aux enquêteurs de m’emmener avec eux sur les scènes de crime. Et peu à peu, ils ont commencé à m’y envoyer seule. Je notais tout, je faisais tout ce qu’il fallait. J’étais complètement dans mon élément. Mais quand j’ai terminé l’université, pendant deux mois, je n’ai pas pu trouver de travail. Je suis retournée au Parquet d’Eupatoria, j’ai demandé qu’on m’embauche. Là-bas, ils m’ont envoyée à Simferopol, et là, le directeur des ressources humaines m’a dit : « Laisse-nous une candidature, on l’étudiera quand viendra ton tour. » J’ai rédigé ma candidature et je me suis dit : « C’est fichu, personne ne me prendra nulle part. » Et au moment où j’avais perdu espoir, les ressources humaines de la république autonome de Crimée m’ont appelée : « Viens passer un entretien au Parquet du district Krasnogvardeïski. Si le procureur donne son accord, tu iras faire un stage chez lui. » J’ai foncé. C’était un 16 décembre. Je n’oublierai jamais cette journée parce qu’il faisait très froid. J’ai pris le train de banlieue, je suis arrivée, j’ai passé l’entretien. J’ai été prise en stage, puis j’ai passé une attestation et été nommée en fonctions.

R.R. : À l’époque, vous n’imaginiez probablement pas devenir un jour procureure de toute la Crimée ?

N.P. : Pas une seconde ! Vraiment, je n’aurais même pas pu l’imaginer. Quand je suis arrivée dans le bureau de Sergueï Valerievitch [Axionov, chef actuel de la république de Crimée, ndlr], un 8 mars, je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait. Il m’a dit : « Nous avons déjà un chef du Parquet. Tu deviendrais son adjointe ? » « J’accepterai n’importe quel poste à condition que vous me preniez. J’ai beaucoup d’informations en provenance du Parquet général d’Ukraine. Je vous raconterai tout ! Mais surtout, qu’on les empêche de venir ici ! » Le lendemain, il m’a appelée et m’a dit : « Celui que nous avions choisi a finalement refusé, Natalia. Tu prends la direction du Parquet ? » « Évidemment, oui. » « Eh bien, c’est bon. Va à Simferopol. » Je suis montée dans ma voiture et j’y suis allée. Ensuite, on m’a présentée au présidium du conseil d’État. Mais à ce moment-là, je ne me disais pas : « Waouh !, procureure de la république autonome de Crimée ! » Tout le monde vivait dans la fièvre. J’aurais pris n’importe quel emploi, même milicienne, à condition d’atteindre l’objectif. Et l’objectif n’était pas de devenir procureure, mais d’assurer la sécurité de la Crimée. De ne pas laisser se passer ici ce qui s’était passé à Kiev. L’objectif était d’organiser le référendum.

natalia5Natalia Poklonskaya lors d’un concert à la mémoire des soldats morts lors de la Seconde Guerre mondiale. Crédits : VK/Prokuror

R.R. : Je vous écoute, et j’essaie de me mettre à la place de ceux qui n’étaient pas d’accord avec l’unification de la Crimée à la Russie. Ils doivent avoir peur de vous…

N.P. : Pourquoi ?

R.R. : Vous avez une position si radicale qu’elle en est impitoyable à l’égard de ceux qui pensent autrement. Si je pensais autrement, je ne voudrais pas d’un tel procureur.

N.P. : Mais la fonction de procureur n’est pas élective… Et je ne dirais pas que ma position puisse nuire aux intérêts des gens qui pensent autrement. En revanche, elle nuira aux intérêts criminels de ceux qui transgressent la loi, qui tentent de porter atteinte à l’État.

R.R. : Ça ne vous effraie pas d’être si dure ?

N.P. : Que ceux qui doivent avoir peur aient peur. Je reçois régulièrement des lettres, ils menacent de me couper la tête. Islyamov [Lenur Islyamov, propriétaire de la chaîne de télévision ukrainienne ATR, qui diffuse en tatar de Crimée, ndlr] hurle que je dois m’attendre au même sort que Kadhafi et Saddam Hussein ! Mais ça montre en fait qu’ils sont dans l’impasse, sans défense et faibles. Ce n’est pas une attitude d’homme. Ce n’est pas très viril, et ce n’est vraiment pas beau.

R.R. : Vous avez un portrait de Nicolas II sur votre bureau. Pourquoi ?

N.P. : C’est notre souverain. Mais ce serait une longue conversation… Vous voulez ?

R.R. : Non. Il s’est passé quelque chose, une chose liée à lui ?

N.P. : C’est très personnel.

R.R. : Rappelez-vous, juste après votre entrée en fonctions, vous avez donné une conférence de presse. Il y avait énormément de journalistes. Vous sembliez très inquiète…

N.P. : Évidemment que j’étais inquiète. Je n’avais jamais eu d’expérience de communication avec la presse. Imaginez-vous : j’arrive au Parquet, dans ce bâtiment où nous nous trouvons en ce moment. Tout est sous scellés, il gèle. Il n’y a personne, les portes sont fracassées. Je devais rassembler les gens. Asseoir mon autorité, pour que les gens me suivent. Pour les protéger. C’était loin d’être simple. J’avais 814 personnes sous mes ordres. Et quasiment à chacun, le Parquet d’Ukraine avait téléphoné pour les menacer de les mettre en prison s’ils marchaient avec moi. Moi aussi, d’anciens collègues m’avaient appelée, et certains même animés de bonnes intentions. Ils m’ont dit : « Natalia, mais tu as totalement perdu la tête. Un convoi est déjà en route pour venir te régler ton compte. On dit que si tu quittes la Crimée immédiatement, tu seras graciée. » « Merci pour ton aide. Mais je ne bougerai pas d’ici. S’ils veulent, qu’ils viennent. Nous les recevrons comme il faut. »

R.R. : Et si tout s’était terminé autrement ? S’ils étaient effectivement venus vous chercher ?

N.P. : Et puis quoi ? Nous les aurions repoussés. Nous sommes les gardiens de la loi. Nous n’avions qu’une seule obligation : donner aux gens la possibilité d’aller voter au référendum et de dire ce qu’ils pensaient, de dire où ils voulaient vivre. Ils savaient, à Kiev, que les Criméens feraient un choix unanime, c’est pour ça qu’ils avaient peur. Ils ont fait pression sur chacun de nous, ici. J’ai reçu des mails me traitant de traîtresse et me condamnant. Ils disaient que si les collaborateurs du Parquet se mettaient à exécuter mes ordres, ils deviendraient eux aussi des criminels… Nous étions dans un état de fièvre, ces moments où l’on ne sent plus rien. Vous devez juste survivre, vous devez agir, vous devez sauver… Lors de ma première intervention face à la presse, j’étais extrêmement tendue, les muscles presque paralysés. Après, les gens ont beaucoup écrit là-dessus. Mais je ne pensais pas à mon apparence, je n’avais pas dormi de la nuit, je n’avais pas eu le temps de rentrer chez moi. Mais je savais que le monde entier s’apprêtait à me regarder. Et que je devais montrer de la force, même si je suis une jeune femme assez jolie. Et toute ma force intérieure s’est effectivement rassemblée en moi, et c’est comme ça que j’ai pris la parole face à la presse…

R.R. : Vous êtes au courant que vous n’irez probablement pas en Europe ?
N.P. : Oh, de grâce ! Qu’ils viennent plutôt chez nous.

natalia6Natalia Poklonskaya, 33 ans, est devenue un véritable sex-symbol au Japon après la diffusion sur YouTube de sa première conférence de presse à ce poste. Crédits : Wikimedia

R.R. : Quelle est aujourd’hui la situation des Tatars de Crimée ? Est-ce qu’ils se sont finalement faits à l’idée qu’ils sont désormais citoyens russes ?

N.P. : Les Tatars de Crimée ont aussi voté au référendum. Et pour tout dire, les Tatars de Crimée sont un peuple parmi d’autres. En revanche, les Islyamov, Tchoubarov, Djemilev et consorts [leaders tatars de Crimée opposés au rattachement à la Russie, aujourd’hui interdits d’accès sur le territoire de la péninsule, ndlr], ce sont des personnalités particulières, je dirais… Les Tatars de Crimée sont des gens respectables, travailleurs et courageux, épris de paix. Ils sont les premiers à dire : « Écoutez ! Ça suffit, la spéculation sur le thème de notre histoire ! Nous avons été déportés, mais tout comme les Ukrainiens, les Grecs, les Russes et les Allemands. » Les Tatars de Crimée ont des dates de mémoire. Et ils ont raison d’honorer leur mémoire. Parce qu’il s’agit des leçons de notre histoire. Nous devons en tirer des bilans, pour ne pas reproduire les événements tragiques. Vous savez, nous avons vingt-cinq ethnies ici, en Crimée – et nous vivons tous en paix. Tout va bien. Ces spéculateurs, assis bien au chaud en Ukraine, parlent à qui mieux mieux de frustration et d’aliénation. Mais ici, le problème n’existe pas. Vous savez combien de Tatars de Crimée travaillent pour moi, au Parquet ? Ils sont assez nombreux. Le premier adjoint du département de l’application des peines est un Tatar, le premier adjoint chargé des poursuites est un Tatar. Nous ne faisons pas de distinction en fonction de l’appartenance ethnique. Et il ne faut pas en faire. Il ne faut pas accorder des avantages à un peuple au détriment d’un autre. Quoi qu’il arrive, nous sommes un seul peuple. Tchoubarov, Djemilev et Islyamov sont des personnages qui font des diversions, ils créent des bataillons armés. Ils s’entendent avec les Loups gris pour savoir comment ils vont conquérir la Crimée. Et je parle bien du groupuscule terroriste des Loups gris, contre lesquels le monde entier se bat. Ce sont eux qui ont tiré sur notre pilote en Syrie. Enfin, mais de quoi parle-t-on ?

R.R. : Les Russes vous ont élue à la première place du classement des plus belles femmes du pays. Vous avez admis tout à l’heure être une « jolie » femme. Pourquoi pas « belle » ?

N.P. : Par modestie.

Propos recueillis par Marina Akhmedova

lecourrierderussie

Traduction: Julia BREEN

Publicités
Cet article a été publié dans Europe, International, Irak, Libye, ONU, Politique, Russie, UE. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s