Pourquoi Donald Trump peut gagner en novembre

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En novembre prochain, Donald Trump affrontera Hillary Clinton pour prendre la succession de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis, sauf énorme surprise. Si l’élection avait lieu la semaine prochaine, Hillary Clinton deviendrait présidente des Etats-Unis, à en croire les différents sondages qui se sont multipliés depuis que la candidature de Donald Trump ne fait plus aucun mystère. Mais c’est dans six mois que les Américains voteront, et la donne ne sera pas du tout la même.

Voici, de manière non exhaustive, quelques raisons pour lesquelles il est absurde d’enterrer prématurément les chances du candidat républicain, et pourquoi il pourrait même remporter l’élection de novembre face à Hillary Clinton, n’en déplaise à ses détracteurs et ceux qui croient qu’une élection se joue six mois à l’avance.

Trump sera progressivement dédiabolisé

Rarement un candidat à des primaires aux Etats-Unis aura été l’objet d’autant de railleries et critiques, et plus encore de diabolisation. La faute bien sûr à une campagne volontairement outrancière, des propos xénophobes ou sexistes, et des propositions souvent effacées par des formules provocatrices. La faute donc à Donald Trump, à sa coiffure qui ne fait pas l’unanimité, et à son profil anti-establishment justifié ou non, mais qui en gênait plus d’un. En optant pour une telle stratégie, le candidat républicain est cependant parvenu à attirer tous les regards, poussant ses adversaires à se positionner face à lui, parfois malgré eux. C’est la clef de sa victoire. Il est aussi devenu le bouc émissaire des médias et observateurs, qui en ont fait une sorte de clown au mieux, de croquemitaine au pire. Les multiples interprétations de sa politique étrangère, qui dressent un état presque apocalyptique de ce que serait le monde si Trump devenait président des Etats-Unis, ou encore les analyses faisant état de la faillite de l’économie américaine s’il remportait le scrutin en novembre participent ainsi à une campagne de diabolisation qui non seulement n’a pas fonctionné, mais trouvera très rapidement ses limites. C’est au contraire vers une dédiabolisation progressive du candidat républicain que nous nous dirigeons, n’en déplaise à ses adversaires. Ce processus lui permettra-t-il de se hisser au niveau d’Hillary Clinton en novembre ? Ce n’est pas à exclure.

Le parti républicain fera front derrière lui en novembre

Depuis quelques semaines, les journalistes s’évertuent à mettre en avant les divisions au sein du parti républicain, arguant même du fait que Donald Trump est le candidat « le plus mal désigné du XXIème siècle » (il n’y en a eu que quatre avant lui, dont un président sortant, donc voilà une comparaison assez hasardeuse). Mal désigné, certes, Donald Trump n’est en cela pas éloigné d’Hillary Clinton, qui n’a pas encore rassemblé la majorité absolue des délégués démocrates, malgré le soutien écrasant des super-délégués. Ce sont donc deux candidats mal désignés qui s’affronteront en novembre. Cela est-il un problème ? Pas nécessairement, notamment dans le cas de Trump. D’une part, et en dépit de leurs annonces amères, les membres du Parti républicain se rallieront l’un après l’autre à sa candidature, même par défaut, en vertu d’un principe d’ABC (Anyone but Clinton), l’ancienne First lady étant l’une des personnalités les plus haïes, avec son mari, des milieux conservateurs. D’autre part, si cette primaire fut âpre, elle n’aborda que rarement les questions de fond, ce qui laisse un large champ ouvert à Donald Trump. En portant ses attaques sur des terrains très personnels, et éloignés de considérations politiques, il ne s’est pas fondamentalement mis à dos les Républicains. C’est son style et son outrance, en plus de son profil anti-establishment, qui ont agacé dans ses propres rangs. Moins ses idées.

L’anti-establishment au cœur du scrutin

D’anti-establishment, il fut justement question lors de ces primaires, tant côté républicain que démocrate, où Bernie Sanders est apparu comme l’alter égo de Donald Trump, en moins outrancier certes. Faut-il voir dans le succès de ces deux candidats atypiques une tendance de fond, une forme de « ras-le-bol » des responsables politiques traditionnels ? Le résultat de novembre répondra en partie à cette question, car face à Trump, Hillary Clinton apparait comme l’incarnation de l’establishment.¬ Il est donc hautement probable que le milliardaire, qui n’a jamais été élu, continue de faire campagne sur ce profil qui lui a jusqu’ici été très profitable, d’autant que son adversaire est, plus encore que Ted Cruz, Marco Rubio ou Jeb Bush, pour n’en citer que quelques-uns, particulièrement fragile sur ce point, comme les attaques de Sanders en ont fait la démonstration. En clair, les Américains choisiront-ils une administration Clinton 3, ou quelque chose de nouveau (et d’inconnu) ? Là sera une question essentielle à échéance de novembre.

Hillary Clinton est, elle-aussi, une candidate mal désignée

Hillary Clinton sera donc, en grande partie grâce aux super délégués, la candidate du Parti démocrate. Mais que la campagne fut difficile face à un adversaire que peu d’observateurs estimaient au départ en mesure de résister longtemps à l’ancienne First lady : Bernie Sanders, qui reste encore en course et a multiplié les victoires contre sa rivale, qui plus est dans la plupart des cas dans les Etats majoritairement démocrates, Madame Clinton faisant trop souvent la course en tête dans les fiefs républicains (où elle aura du mal à s’imposer en novembre). Match nul donc entre les duellistes, qui vont devoir refaire l’unité du parti (ce qui ne posera pas de gros problème à l’un comme à l’autre) mais surtout réorienter leur campagne pour dépasser les clivages partisans. Madame Clinton semble avoir un avantage pour le moment, mais saura-t-elle le conserver ?

Le système électoral américain ne laisse pas de place aux tendances nationales

Tous les quatre ans, c’est la même rengaine. Il faut rappeler encore et toujours que le mode de scrutin à l’élection présidentielle américaine met en avant le poids du local, au détriment de tendances nationales. Il ne suffit pas ainsi de remporter la majorité des scrutins à l’échelle du pays pour être élu (Al Gore en a fait les frais en 2000) mais de s’imposer dans des Etats et de remporter les délégués qui y sont calculés en fonction de la population. Tous les sondages qui donnent actuellement une avance de dix points à Hillary Clinton au niveau national n’ont ainsi aucune valeur, et ce n’est qu’en s’intéressant au cas par cas qu’on parvient à déterminer qui fait la course en tête dans les différents Etats. A ce petit jeu, Madame Clinton a aujourd’hui un avantage, mais comme toujours, plusieurs Etats clefs seront au cœur du scrutin, et c’est dans ces Etats-là qu’il faudra l’emporter pour s’assurer la victoire. Floride, Ohio, Colorado… Les sondages sont très nets dans certains Etats (Clinton remportera sauf immense surprise la Californie, et Trump le Texas), mais très serrés dans d’autres. Les deux candidats vont donc porter leurs efforts sur ces fameux Etats clefs, et c’est cet électorat qu’il faudra séduire. La course est lancée.

Trump saura parler aux indécis et aux indépendants

Après les conventions, c’est une autre campagne électorale qui commencera. Non seulement les partis sauront se montrer ressoudés, comme nous l’avons noté, mais c’est à partir de la rentrée que la chasse aux indécis et indépendants sera lancée. Elle concernera les deux candidats, qui partent l’un et l’autre avec des arguments solides et des handicaps. C’est aussi sur le terrain de ces électeurs indécis que la victoire dépendra. Et contrairement aux apparences laissées par les primaires, Trump sera capable de se muer en un candidat centriste, jouant de son passé de militant démocrate (il a même soutenu la campagne d’Hillary Clinton en 2008) et mettant en avant son opposition à la guerre en Irak en 2003, aujourd’hui condamnée par la majorité des Américains. Les adversaires du milliardaire devraient donc se méfier de sa capacité à se transformer en un candidat consensuel, d’autant qu’il a le temps d’ici novembre de faire oublier les débordements des primaires.

Les discours de Trump s’adressent aux Américains, pas au reste du monde

Enfin, faut-il le rappeler, ce sont les Américains qui désigneront leur président en novembre prochain, et pas le reste du monde. Inutile donc de s’intéresser à la perception des candidats en dehors des Etats-Unis, sinon pour oublier l’essentiel. Or, le discours de Donald Trump, s’il semble simpliste et populiste hors des Etats-Unis, séduit une part importante de l’électorat, et son succès dans les primaires en est la meilleure démonstration. Peut-il mieux s’adresser aux Américains que Madame Clinton ? Là sera la clef du scrutin.

Par Barthélémy Courmont

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