Quelle tristesse… Prince est mort

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On pensait que la mort de David Bowie, le 10 janvier dernier, avait purgé l’année 2016 de son potentiel de sidération. La disparition de Prince, survenue hier, a secoué une nouvelle fois la planète. L’une des ultimes rock stars a été retrouvée sans vie dans sa demeure de Chanhassen, dans le Minnesota, après avoir souffert durant plusieurs semaines de symptômes proches de la grippe. Six jours plus tôt, son avion privé avait dû se poser d’urgence afin que le chanteur de 57 ans soit hospitalisé, ce qui ne l’avait pas retenu de se produire en concert le lendemain soir.

Sidération, donc. Parce que Prince, monstre de talent et d’intelligence, s’était installé depuis longtemps dans la psyché collective, vedette omniprésente des années 1980 et 1990 puis, de façon plus insidieuse, ermite soignant sa légende, monarque hors du système dont chacune des régulières apparitions déclenchait un intérêt redoublé. Sidération aussi parce que rien ne laissait supposer la mort d’un musicien encore jeune, peu réputé pour ses excès – au contraire, Prince revendiquait une hygiène d’ascète et avait viré plusieurs de ses musiciens lorsqu’ils fricotaient avec la drogue. S’il partageait avec son éternel rival Michael Jackson le génie musical et le goût du mystère, il ne le concurrençait en rien au registre de la pharmacopée délirante.

Prince est mort, donc. Il rejoint ses pères et clôt sans doute la lignée des parrains du groove afro-américain, lui qui fit la jonction entre l’histoire du funk et la modernité de la pop MTV. De James Brown, Sly Stone et George Clinton, il avait été le plus doué disciple. A cette tradition, il avait adjoint la virtuosité insane de Jimi Hendrix et la provocation rock’n’roll de Little Richards. Le touche-à-tout se savait doué – prédestiné même au succès: Prince n’était pas un pseudo de narcissique ultime mais bien le prénom que John Lewis Nelson, pianiste de jazz, avait choisi pour son fiston!

Ainsi armé, Prince avait écumé les clubs de son Minneapolis natal avant de signer à l’âge de 17 ans un contrat discographique. For You sort en 1978, dans une relative indifférence. Mais à l’instar d’un Bruce Springsteen à la même époque, aussi carré et prolo sur scène que Prince était flamboyant et libidineux, «le nain de Minneapolis» (160 centimètres sans talonnettes) conquiert les foules par la qualité et la force de ses prestations live. Fondateur du Montreux Jazz et responsable pour l’Europe de Warner Music (chez qui Prince avait signé), Claude Nobs se rappelait de la première tournée sur le Vieux-Continent du jeune prodige. «On comprenait tout de suite à qui l’on avait affaire.»

Prince comme perfectionniste A peine signé, il s’arrange pour conserver un contrôle artistique absolu (et tous les droits d’auteur) sur ses trois premiers albums. Danseur impeccable, chanteur complet, guitariste mais aussi batteur et bassiste virtuose, Prince maîtrise la conception de sa musique de A à Z. Il investit rapidement dans son propre studio et engage à demeure un tailleur pour préparer ses costumes. Il sait placer son funk dans l’air du temps synthétique: dans une veine de funk discoïde assez classique, il récolte le succès dès son second disque éponyme en 1979. Mais les tubes de groove glacé de 1999, trois ans plus tard, font de lui une star planétaire, que confirmera le succès gigantesque de Purple Rain, en 1984. Aux côtés de Madonna, Jackson et Springsteen, Prince règne sur la pop.

Prince comme provocateur Si Michael était le gentil garçon, l’auteur de Dirty Mind (esprit tordu) se vautre dans une luxure outrancière, jouant en résilles et talons hauts sur une androgynie trouble, que double son apparent métissage black, white et latino. Il endosse volontiers le rôle de punk de service, bien conscient que cette provocation lui permet de se positionner auprès d’un large public.

Prince comme prophétique Au milieu des années 1990, alors que ses chansons ne trouvent plus aussi facilement le chemin vers le haut des hit-parades, il mise en pionnier sur Internet, afin de développer un contact plus direct avec ses fans. Il s’engage à cette époque en un bras de fer avec Warner et, pour casser son contrat, se présente alors sous un symbole ou comme «l’artiste que l’on connaissait sous le nom de Prince». Autre élément «prophétique», il revendique haut et fort sa foi de témoin de Jéhovah…

Prince comme pop En 40 ans, l’artiste a sorti de ses studios une quarantaine de disques pour un total de 100 millions de ventes. Ces dernières années, il avait accéléré la cadence, publiant sans souci d’agenda ou de promotion des disques de qualité variable mais qui, toujours, trahissaient la soif musicale du stakhanoviste de la composition, à la frontière de tous les styles.

Prince, enfin, comme prodige A l’heure de refermer sans trop y croire le cercueil sur les traits fins d’un musicien inclassable, on le revoit gorgé de vie, irradiant tel que les spectateurs du Montreux Jazz l’ont admiré à six reprises: un concert en 2007, puis deux le même soir en 2009, enfin trois shows sur trois nuits en 2013. Au-delà de l’événement pour le festival (billets vendus en moins de 10 minutes) et la région (à laquelle Prince avait rendu hommage en composant une chanson, Lavaux), la venue de Prince avait permis de témoigner du talent pur de celui qui, jamais, ne donna le même concert montreusien. Prince inventait chaque instant, improvisait avec une insolence de gueux et une classe d’aristocrate. Dansant sur ses talons au milieu d’un solo impossible, il lançait des clins d’œil amusés au public. L’image de la grâce qui ne meurt jamais.

tdg 

« Today, the world lost a creative icon. » — on the passing of :

A purple nebula, in honor of Prince, who passed away today.

Prince, the singularly flamboyant and prolific songwriter and performer, has died at 57

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