Les messages codés de Poutine aux Occidentaux et à Assad

russia 247 Cérémonial du retour de Syrie des premiers soldats et avions sur la base russe de Voronej

Retrait de SyrieLe retour des avions russes a commencé. Avec son annonce surprise, le chef du Kremlin s’est placé en position de force à Genève.

Moins de vingt-quatre heures après l’annonce surprise du Kremlin sur le retrait militaire en Syrie, les premiers pilotes et avions russes ont été accueillis en fanfare «à la maison». Foules, drapeaux, discours, bouquets et ballons: rien ne manquait hier pour le retour des héros, comme l’ont mis en scène les télévisions au service du Kremlin.

«Faire revenir les avions dans les bases aériennes russes, c’est facile et rapide. Rapatrier tout ce personnel sera plus long», prévient toutefois Ruslan Poukhov, directeur de CAST (Centre for analysis of strategies and technologies), think tank réputé à Moscou. Selon les estimations, entre 2500 et 8000 Russes avaient été envoyés en Syrie, y compris une centaine de civils pour le soutien technique.

Les frappes continuent

Si le retrait a commencé, avec le retour des premiers avions de transport T-154 et des bombardiers Su-34, Moscou a prévenu: les frappes se poursuivront contre des «objectifs terroristes». Car «il est trop tôt pour parler de victoire sur les terroristes», a précisé le vice-ministre de la Défense, le général Nikolaï Pankov. Et le chef de l’administration présidentielle, Sergueï Ivanov, a rappelé que seront maintenus en Syrie les systèmes de défense antiaérienne russes «les plus modernes», sans doute les batteries antimissiles S-400.

«Le message est donc clair: Moscou va continuer à contrôler le ciel syrien et, s’il le juge nécessaire, pourra reprendre son intervention à tout moment», insiste Alexandre Golts, expert militaire critique du Kremlin. Par le passé, le Kremlin a régulièrement menti sur la réalité de sa présence militaire, notamment en Ukraine, pour mieux duper les Occidentaux et imposer son tempo.

Daech? «Un pur prétexte!»

«Poutine décide le retrait aujourd’hui pour sortir de ce conflit avec le minimum de pertes possibles. Il n’a bien sûr pas réussi à liquider l’Etat islamique mais cela n’a jamais été la vraie justification de l’intervention russe: cela a servi de prétexte», explique Alexandre Golts.

Et, jouant la carte de l’apaisement après celle de la guerre, le Kremlin veut montrer que plus encore que Washington, il est désormais le vrai maître du jeu pour faciliter la solution politique en Syrie. «Ayant réussi ces derniers mois à être l’interlocuteur de tous les principaux acteurs de cette crise, il est le mieux placé pour favoriser un compromis», assure Ruslan Poukhov.

Au-delà du message adressé aux Occidentaux et de l’effet de surprise de ce retrait orchestré au début des négociations de Genève, Moscou a voulu aussi envoyer un signal clair à Damas. «Un avertissement pour Assad lui-même: le soutien russe lui avait peut-être donné l’impression qu’il pourrait sortir de la crise sans négociations diplomatiques; il doit comprendre qu’avec le retrait de l’armée russe, la solution ne peut plus désormais être seulement militaire», analyse Sergueï Markov, politologue proche du Kremlin.

Puissance incontournable

«Les avions russes l’ont sauvé mais, aujourd’hui, Assad doit comprendre que ses rêves de reprise de contrôle total du pays sont impossibles et qu’il faut participer pleinement au processus diplomatique ouvert à Genève», ajoute Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire du centre franco-russe d’analyse à Moscou. Il y voit aussi un message vers l’Iran: Moscou n’est pas pro-chiite et le retrait en Syrie devrait d’ailleurs permettre, d’ici à l’été, la visite longtemps attendue à Moscou du roi d’Arabie saoudite, avec sans doute de gros contrats à la clef.

En Syrie, Vladimir Poutine a ainsi atteint son principal objectif: sortir la Russie de son isolement après la crise ukrainienne pour espérer s’imposer comme un acteur clef sur la scène internationale. «Les cinq mois d’intervention militaire ont montré que la Russie est une grande puissance incontournable et qui sait être responsable. Ce qui a fonctionné en Syrie pourrait-il être valable ailleurs?» s’interroge Arnaud Dubien. Si Vladimir Poutine veut encore surprendre, il pourrait le faire en Ukraine.

Par Nikita Robert

tdg

poutine 197150316 – La Russie a remis en selle Assad mais la guerre n’est pas finie

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